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Un amendement surréaliste

décembre 8th, 2008

La crise financière semble faire perdre la tête à ceux qui étaient jusqu’à maintenant les plus raisonnables, comme en témoigne l’amendement surréaliste du sénateur Marini visant à déduire des revenus imposables les plus values de cessions de valeurs mobilières cotées en bourse.

Comment peut-on aussi, au moment où tant de Français perdent leur emploi ou ont du mal à boucler leur fin de mois faire encore payer le contribuable pour une catégorie de Français qui n’est pas le plus à plaindre.

Cette mesure est inacceptable pour 4 raisons :

  • c’est une mesure qui vise à indemniser les pertes de patrimoine, mais qu’en est-il des pertes de revenus que vont subir des centaines de milliers de Français ?
  • on ne cible que les valeurs cotées en bourse, mais qu’en est-il des Français possédant des valeurs mobilières non cotées (part de SA non cotées par exemple, parts de SARL) ? Préfère-t-on, comme toujours, dépenser davantage en faveur des actionnaires du CAC 40 sans aider les PME ?
  • il existe déjà un dispositif permettant de reporter les moins values sur les plus values ultérieures
  • le dispositif vise indistinctement toutes les moins values, qu’elles résultent ou non de comportement spéculatifs (exemple : je préfère vendre des titres pour en racheter d’autres dont la valeur immédiate est sous-estimée par rapport à leurs capitaux propres ou aux dividendes distribués).

La loi sur l’audiovisuel, le travail le dimanche et maintenant un nouveau privilège sur fonds public, on se demande vraiment si la majorité veut mettre les Français dans la rue !

Contrôler les esprits plutôt que convaincre

novembre 29th, 2008
Curieuse semaine qui vient de s’écouler…

Au moment où Debout la République franchissait avec un incontestable succès l’obstacle de son Congrès fondateur, rassemblant dimanche dernier plus de 1000 personnes à la Mutualité, la petite politique, médiocre et mesquine, continuait à aller bon train.

Réaction de l’UE face à la crise, loi sur l’audiovisuel et travail dominical, ponctuaient une semaine qui, décidément, avait décidé de ressembler aux précédentes.

Le « plan de relance européen », comme l’ont pompeusement baptisé certains observateurs pour sauver la face de l’Europe supranationale et ménager l’Allemagne (qui porte une écrasante responsabilité dans ce fiasco), est une pure vue de l’esprit.

Pour l’essentiel, il n’est, en effet que l’addition des plans de relance nationaux qu’à défaut de vouloir démultiplier en les coordonnant, on se contente d’additionner, comme on ajoute des carottes et des choux fleurs, en les emballant dans un joli papier cadeau bleu étoilé.

Il est très dommage que l’Europe n’ait pas voulu saisir cette chance historique qui lui aurait permis d’affirmer son efficacité et, partant, sa légitimité. Quels effets gigantesques aurait eu un vrai plan de relance européen, mobilisant en les articulant les ressources nationales et recourant en même temps à un emprunt européen massif, par le biais de la BEI !

Mais, pire encore, l’Europe bruxelloise empêche les Etats-nations de palier sa propre incurie, en maintenant « en tendance » l’objectif des contraintes de Maastricht, auxquelles les pays-membres devront dès 2011 se conformer à nouveau… En clair : « Relancez autant que vous voulez, mais pas trop, pas trop longtemps et puis… soyez sous les 3% dès 2011 ! » Dans le genre contradictoire et paralysant, on ne saurait mieux faire. A nouveau l’UE ne fait pas, fait mal et empêche les Etats de faire. Et il y en a encore qui prétendent pompeusement que « l’union fait la force »…

La réforme de l’audiovisuel public vaut, elle aussi, son pesant de mensonge et de mystification. Certes, il est louable de vouloir mieux gérer la télévision publique en rationalisant ses structures. Il est également souhaitable de supprimer une partie de la publicité de ses antennes, ainsi que DLR l’avait réclamé, à tout le moins pour les publicités alimentaires durant les programmes pour les enfants et les jeunes.

Mais bien sûr, pour être cohérent, cela implique une réelle mobilisation de moyens pour compenser les pertes de ressources - voire les remettre à niveau (par rapport à la BBC britannique ou à la ZDF allemande) – afin de maintenir et même redresser la vocation qualitative de la radio-télévision française.

Mais hélas, rien de tout cela dans la politique de l’Elysée : une recherche presque « punitive » de compression tous azimuts de la dépense publique, conjuguée à la volonté de faire plaisir aux amis du Président (auxquels, cette fois, sera offerte sans contrepartie réelle la manne publicitaire prise à France Télévision) et assortie, en l’espèce, d’une volonté de mise au pas sans précédent des médias. Comment comprendre autrement l’acharnement de Nicolas Sarkozy à vouloir nommer personnellement le futur directeur unique de France Télévision ? Comme si, à défaut de pouvoir convaincre les esprits, on cherchait purement et simplement à les endoctriner… Espérons que les journalistes de France Télévision, de radio France (mais aussi ceux de l’AFP, prochains sur la liste) sauront se mobiliser pour empêcher ce nouveau recul, majeur celui-là, de notre démocratie !

Enfin, que dire de l’instauration du travail dominical ? Le bon sens comme l’analyse plus poussée des choses conduisent à en rejeter le principe même, à quelques très rares exceptions près. C’est bien pourquoi tant de parlementaires UMP et Nouveau Centre ont finalement déterré la hache de guerre contre le gouvernement. Ces parlementaires courageux - excédés ? – ne doivent pas se laisser impressionner par les menaces des ténors de la Sarkozie, car une immense majorité de Français les soutient. Ils ont bien compris qu’on ne fera pas plus de croissance avec cette mesure, qu’on ne s’en tiendra pas dans les faits à une démarche reposant purement sur le volontariat, mais qu’on déstructurera un peu encore une société déjà mise à rude épreuve par la crise naissante…

Ainsi donc, la semaine écoulée a ressemblé à celles qui l’ont précédée : l’impuissance publique mène à la démagogie et la démagogie, à la volonté de contrôler les esprits. Mais tout cela aura une fin. C’est à cette fin, pour que la France connaissent enfin le nouveau départ auquel ils aspirent, que Debout la République contribuera désormais en tant que formation politique à part entière.

A très bientôt.

La colère légitime des producteurs de lait

novembre 8th, 2008

La colère des agriculteurs face à l’effondrement de leurs revenus est légitime et mérite d’être entendue. Elle révèle le double langage qui règne sur la nécessaire régulation de notre économie.

Le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier, annonce mercredi une conférence sur le revenu agricole mais en même temps il a laissé détricoter les mécanismes qui permettaient dans le passé de justement garantir ce revenu.

L’exemple du lait est intéressant. Bruxelles fixe un prix minimum garanti, mais bien trop faible, les cours du lait n’étant encore jamais descendus à un tel niveau. Il existait en France, auparavant, un prix interprofessionnel qui permettait d’éviter une surenchère à la baisse entre les grandes surfaces, les coopératives et les producteurs. Malheureusement ce prix interprofessionnel a été supprimé au nom du soi-disant respect de la libre concurrence.

Certaines coopératives et transformateurs se sont engouffrés dans la brèche pour réduire le prix d’achat au producteur, les plaçant encore plus en difficulté.

De son côté, la Commission de Bruxelles, en augmentant les quotas de production à cause des fluctuations à la hausse de l’an dernier, a incité davantage d’agriculteurs à produire du lait. Mais, nouvelle imprévoyance, elle n’a pas créé de mécanisme d’amortissement en cas de retournement du marché. Le résultat ne s’est pas fait attendre.

D’un côté, une offre trop importante, de l’autre, la loi de la jungle dans la fixation des prix. Comment s’étonner du désarroi des petits producteurs !

Il ne sert à rien de faire avec la production de lait ce qui a été fait avec la pêche. Des grandes promesses d’intervention, mais de l’autre le refus de s’attaquer vraiment à Bruxelles comme à Paris, à la dérégulation générale. Parfois, des mesures d’aides partielles et de dernière minute, en réalité interdites par la Commission, laquelle finit immanquablement par réclamer à leurs bénéficiaires leur remboursement sans aucun délai.

Si on veut vraiment garantir l’aménagement du territoire, permettre à nos petits agriculteurs qui dépendent du prix du lait pour survivre de continuer leur exploitation, garantir la qualité des productions, éviter les fluctuations chaotiques à la hausse ou à la baisse qui désorganisent complètement le marché, il n’y a qu’une solution et une seule : organiser la production, les marchés et mettre en place des prix-plancher décents.

L’aveuglement européiste du ministre de l’Agriculture lui interdit aujourd’hui de prendre les mesures qui s’imposent.

Le Président de la République multiplie les pétitions de principe qui vont bientôt faire passer Besancenot pour un modéré, mais son gouvernement manifestement n’a absolument rien compris à la colère qui gronde, à l’injustice qui devient de plus en plus insupportable et au désarroi important de nos agriculteurs.

l’Etat au service des banques?

octobre 24th, 2008

Alors qu’il y a encore quelques semaines nos banques étaient censées être les plus solides du monde, le gouvernement ne cesse d’annoncer des mesures en leur faveur.

Outre la décision des chefs d’Etats européens de garantir les crédits interbancaires pour leur permettre de se prêter à nouveau entre elles, Mme Lagarde a annoncé hier soir, lundi 20 octobre, le déblocage de 10 milliards sous forme de prêt. Cette somme considérable s’ajoute aux 22 milliards mobilisés - pour soi-disant aider les banques à financer les PME - à partir des fonds de la Caisse des Dépôts et Consignations. 5 milliards seraient d’ores et déjà disponibles via OSEO la banque publique qui a pour mission de soutenir l’innovation et la croissance dans les PME. 17 autres milliards auraient été virés par la Caisse des Dépôts et Consignations en deux fois (8 milliards le 15 octobre, 9 milliards le 21 octobre) selon le journal le Monde. Ce dernier ajoute que les pouvoirs publics et la Fédération française de banques n’ont pas encore signé la convention qui doit permettre d’en suivre l’utilisation !

Cette précipitation du gouvernement peut s’expliquer par la gravité de la crise et les moments de panique boursiers. En revanche, l’opacité qui règne dans les relations entre l’Etat et les banques ne peut qu’inquiéter.

De deux choses l’une, soit les établissements français n’ont pas de difficulté et pourquoi alors déverser de telles sommes (les 40 milliards de fonds propres représente 2,1% du PIB, pour un secteur bancaire pesant 2,6% du PIB !), soit leur situation est périlleuse et pourquoi alors ne pas exiger une nationalisation même partielle et temporaire accompagnée d’un changement de stratégie et de direction ?

On peut comprendre, pour éviter des mouvements de retrait en chaîne, la nécessaire discrétion de Bercy. Mais se donne-t-on vraiment les moyens de savoir ? Plusieurs questions méritent de toute urgence une réponse.

  1. La Banque de France et le gouvernement ont-ils un état précis, banque par banque, des risques réels ? La moindre des choses serait de voter une loi qui oblige, sous peine de poursuites pénales, les dirigeants à communiquer les détails de leurs engagements. De surcroît, il y a suffisamment d’inspecteurs des finances et de contrôleurs d’Etat qui pourraient être missionnés dans chaque direction pour faire un état des lieux, notamment de leurs engagements dans les hedge funds et les paradis fiscaux
  2. Pourquoi prêter de l’argent aux banques, renforcer leurs fonds propres ou leur transférer des fonds de la Caisse des Dépôts et Consignations sans prendre une part du capital ? Car qui paye, en l’occurrence le contribuable, doit contrôler ! Comment ne pas voir non plus que les promesses faites lors de l’annonce de la mobilisation des 40 milliards d’euro au profit des banques, ne seront pas tenues ? Il avait été question en contrepartie de cette aide astronomique d’une prise de participation directe dans le capital et les décisions des banques ! Or avec ce prêt de 10 milliards, il n’en est rien ! Faut-il comprendre que les banquiers français sont des libéraux dogmatiques, hostiles par idéologie à toute nationalisation, alors même que leurs homologues britanniques et américains, plus pragmatiques eux, s’y résolvent ? Faut-il comprendre qu’ils mènent les représentants de l’Etat par le bout du nez ? Comment admettre que la puissance publique, par le mécanisme retenu, évite à des actionnaires défaillants une dilution du capital et une diminution des dividendes ? L’Etat serait-il au service des banques plutôt que de la collectivité ? A cet égard, il paraît pour le moins incompréhensible que l’Etat soit minoritaire au sein même de la structure de refinancement créée pour l’occasion.

En définitive, le flou qui règne sur ce sauvetage bancaire ne peut qu’inquiéter et donc scandaliser à terme un peu plus nos concitoyens. Au-delà des grands discours du président de la République, de quelques sanctions très provisoires (le Directeur Général des Caisses d’Epargne deviendrait Président du Crédit Foncier), l’oligarchie politico-financière du pays montre le visage d’une toute petite minorité essayant de sauver les meubles aux frais du contribuable et dans son dos.

Et pendant ce temps-là, rien de probant sur la lutte contre les paradis fiscaux, le contrôle public des agences de notation, l’interdiction franche et réelle des hedge funds ou des revenus indécents que s’adjugent les profiteurs de la finance. Enfin et surtout rien pour redresser durablement une économie réelle qui a plus que jamais besoin d’une gestion keynésienne, notamment par un grand plan d’investissement européen.

Loin d’une reprise en main de l’économie par les politiques, les mesures prises s’apparentent davantage à une privatisation de l’Etat au profit de ceux qui ont mis hier les peuples sur la paille et s’apprêtent aujourd’hui à les mettre à la rue. Un Etat qui vient au secours du marché et qui en est devenu l’otage ! A suivre, et de près…

Les relations russo-européennes déterminent aussi l’avenir de l’UE

août 16th, 2008
A l’heure où les combats semblent devoir cesser en Géorgie, il est temps de dresser le bilan et de tirer les conséquences de cette guerre-éclair, qui annonce incontestablement le grand retour de la Russie sur la scène européenne et mondiale.

S’il est trop tôt pour évaluer la part des responsabilités respectives dans le conflit, deux évidences s’imposent : l’armée russe a réagi à une agression géorgienne et Moscou, contrairement aux craintes manifestées par les Etats-Unis et certains pays de l’UE, semble faire preuve de la retenue nécessaire en s’abstenant d’envahir la totalité de la Géorgie et de chasser son président. Des gages ont manifestement été pris sur le terrain, mais il s’agit en tout état de cause pour les Russes de se donner les moyens de négocier en position de force.

Une fois obtenue la cessation des hostilités, si tant est qu’il en soit ainsi, reste à sceller une paix durable entre les deux pays, laquelle pèsera bien entendu sur les relations que la Fédération de Russie entretient avec l’ensemble de ses anciennes républiques et, au-delà, avec l’Europe et le reste du monde.

Concernant le sort des provinces séparatistes de Géorgie, on voit mal comment leurs sincères et légitimes aspirations à l’indépendance vis-à-vis de Tbilissi pourraient être plus longtemps ignorées. Et le précédent du Kosovo empêche désormais les Etats-Unis et l’UE de s’y opposer. Quant à la Géorgie elle-même, si son indépendance doit évidemment être défendue, il lui faudra très certainement changer d’attitude vis-à-vis de son puissant voisin : en effet, sa politique de défiance à l’égard de la Russie, attisée par la perspective de son adhésion à l’OTAN qu’encouragent les Etats-Unis, est un obstacle majeur à la paix dans la région.

Ce constat est bien entendu valable pour toutes les anciennes républiques soviétiques membres de la Communauté des Etats Indépendants (le Biélorussie, l’Ukraine, la Géorgie, l’Arménie, etc.), qui ont acquis leur indépendance au début des années 1990. Au lieu de les intégrer à l’OTAN, qui tend de plus en plus à devenir l’instrument militaire au service des projets d’hégémonie mondiale des Etats-Unis, il serait plus sage d’en faire des Etats tampons entre la Russie et l’UE, avec lesquels Bruxelles pourrait d’ailleurs signer des accords de partenariat privilégié. Cela signifie clairement la garantie de leur indépendance contre leur accession au statut de pays neutres. Cette solution, d’ailleurs réclamée par la Russie elle-même, stabiliserait et désamorcerait la situation dans la zone d’influence de l’ancienne URSS. Ce ne serait pas rien : songeons par exemple que la moitié de la population d’Ukraine est… russe et qu’un affrontement à la géorgienne entre ce pays et la Russie aurait des conséquences incalculables !

A ceux qui agitent l’épouvantail du retour d’un ogre néo-soviétique, il ne sera guère difficile de rappeler quelques vérités : c’est pacifiquement, à la fin des années 1980, que la Russie a renoncé à ses anciens satellites d’Europe centrale et orientale, allant même jusqu’à admettre dans la foulée l’indépendance de républiques soviétiques qui font pourtant partie depuis presque toujours de son aire historique. Ensuite, malgré ses spécificités, la Russie n’a rien à voir avec la dictature oppressive que se plait à décrire une certaine intelligentsia occidentaliste avec la bénédiction du Département d’Etat américain : si les libertés publiques doivent bien entendu faire des progrès en Russie, son peuple - que ça plaise ou non - n’en soutient pas moins ses dirigeants qui lui ont rendu dignité et perspectives de développement économique. Enfin les Russes n’ont pas oublié les drames du XXème siècle et ne semblent pas plus que les autres nations européennes tentés par un impérialisme conquérant.

Les Européens auraient tout intérêt à favoriser la neutralisation stratégique des pays comme la Géorgie, ce qui acterait leur acceptation du retour de la Russie sur la scène internationale, offrirait les conditions d’une paix durable en Europe et ouvrirait la voie à un renforcement des échanges, très riches de perspectives, entre eux-mêmes et les Russes. Pourrait alors émerger cette Europe « de l’Atlantique à l’Oural » qu’avait appelé de ses vœux Charles de Gaulle et dont la seule existence arrêterait l’inquiétante dérive « occidentaliste » de l’UE, principal levier des projets fous de suprématie américaine dans le monde.

Cette voie sera-t-elle choisie par Nicolas Sarkozy ? On doit hélas en douter, la réintégration complète de la France dans l’OTAN, ou la présence de Bernard Kouchner au Quai d’Orsay, étant plutôt le signe d’un alignement inconditionnel sur les Etats-Unis.

Mais le temps d’une Russie durablement affaiblie par l’implosion soviétique est bel et bien révolu et il faudra désormais compter davantage avec elle. L’Europe aurait tort de lui tourner le dos.